Douleur et culture, une interaction compliquée !

Lauréat du prix de l’appel à projets 2008 de la Fondation APICIL, le docteur Serge Bouznah a développé une unité mobile inter-hospitalière de consultation interculturelle spécialisée dans la prise en charge de patients migrants atteints d’une pathologie douloureuse chronique.

Cette unité, dont l’activité a démarré en septembre 2008, a pour vocation de répondre aux demandes des équipes soignantes hospitalières confrontées à une impasse dans la mise en place d’un projet thérapeutique pour un patient migrant souffrant d’une pathologie douloureuse chronique.
Elle vise à offrir aux soignants une réponse nouvelle, concrète et originale aux difficultés qu’ils rencontrent du fait des barrières culturelles et linguistiques.
Le dispositif de consultation interculturelle initié avec la Fondation Rothschild, a été ensuite élargi aux équipes spécialisées de lutte contre la douleur de huit centres de la Région Ile de France (Saint-Antoine, La Pitié, G. Pompidou, Necker, Tenon…).

Contexte

Dans un contexte de migrations internationales généralisées, les systèmes de soin prennent en charge des patients provenant d’horizons culturels multiples. Plusieurs études ont montré des différences importantes de prise en charge entre la population de patients migrants et une population de patients autochtones, notamment des durées d’hospitalisation plus élevées, un volume de prescription d’actes complémentaires supérieur ou encore un degré de compliance significativement inférieur (Cherbonnier A., 2002)
Tout patient confronté au monde médical peut se trouver en décalage entre un discours médical complexe et son vécu. Ce décalage est susceptible de se renforcer pour les patients migrants issus d’univers culturels éloignés des modèles occidentaux. Cette situation peut être à l’origine de malentendus et de difficultés dans la mise en place d’un projet de soins adapté et accepté par le patient. Ces difficultés sont renforcées dans les situations de pathologies douloureuses chroniques où les prises en charge s’inscrivent nécessairement dans le temps.

Pour ces patients confrontés à la maladie depuis plusieurs années, l’adhésion et l’observance des traitements dépendent encore plus de l’inscription du projet thérapeutique dans leur univers de vie (Langlois E., 2007). La culture joue là un rôle fondamental. Elle est susceptible de fournir au sujet une interprétation de sa maladie à partir de laquelle il construit son expérience.

Fonctionnement

Le caractère innovant du projet réside dans la proposition faite pour la première fois d’associer dans un dispositif clinique et thérapeutique intra hospitalier, les théories de l’anthropologie médicale et celles de la médecine scientifique, pour prendre en charge de façon concrète des patients migrants « en panne » dans le dispositif hospitalier.    

Pour la première fois également, l’équipe a fait le choix de ne pas déléguer à un organisme extérieur la prise en charge des migrants mais d’intégrer cette prise en charge à la démarche de soins afin d’éviter la « ghettoïsation » des migrants dans des services hors des circuits communs. L’outil « consultation interculturelle » devient alors un outil du plateau technique hospitalier au service des équipes médicales. 

Ce projet novateur visait dès son origine à mettre réellement le patient au centre de la prise en charge le concernant. Pour cela, il répond à une double contrainte, en présence de tous les protagonistes : 

  • Traduire aux patients les logiques d’intervention des soignants et  leur permettre de devenir des acteurs possibles de leur prise en charge  
  • Permettre l’émergence d’une parole profane, celle du patient, dans un monde d’experts, condition essentielle à la possibilité de nouvelles et originales constructions thérapeutiques. 

Le dispositif proposé est une réponse possible de régulation à l’intérieur même de la démarche médicale. 
Cette initiative est unique en France mais aussi en Europe. Elle suscite désormais un vif intérêt de la part d’équipes européennes de recherche intervenant dans le domaine interculturel, lors de colloques internationaux (notamment d’équipes suisses, belges, autrichiennes et italiennes). Les médiateurs interculturels intervenants dans le projet ont tous une expérience clinique affirmée dans le champ médical et social. Ils sont issus de milieux professionnels divers : psychologues, infirmiers, linguistes…

  • A propos du docteur Serge Bouznah
    Le Dr Serge Bouznah, a une expertise de près de vingt ans dans le domaine de la médiation interculturelle. Il a participé activement dès 1988 à la création d’un des premiers services de médiation interculturelle en France1. En tant que responsable et co-fondateur du Centre Georges Devereux (Centre universitaire d’aide psychologique aux familles migrantes – Université Paris 8 – St Denis) de 1992 à 1998, il a été, avec le Dr Catherine Lewertowski, à l’origine de la première consultation interculturelle ouverte aux  équipes soignantes parisiennes rencontrant des difficultés dans l’accompagnement de patients migrants atteints de pathologies douloureuses chroniques.
     
    Egalement promoteur du Projet Babel avec les docteurs Catherine Lewertowski et Marie Rose Moro, au sein du Centre de Ressource Européen en clinique transculturelle, Serge Bouznah est actuellement responsable de l’unité mobile de consultation interculturelle mis en place en partenariat avec la Fondation Rothschild.
    Dans le prolongement de son action dans la lutte contre la douleur, il a mis en place en 2010, avec les centres spécialisés « drépanocytose » de l’hôpital Robert Debré et de l’hôpital Tenon, une action orientées vers les enfants touchés par la maladie et leurs familles  dans le but de prévenir et de mieux gérer les crises douloureuses drépanocytaires.
    Il est responsable du séminaire clinique intitulé  « pratiques de médiation en situation transculturelle » dans le cadre du Diplôme Universitaire de psychiatrie transculturelle – Département de psychopathologie (Pr M.R Moro)  Université Paris XIII – UFR de Bobigny. 

Contact presse
Christophe Montfort
christophe@montfort-presse.com
port : 06 63 66 14 07

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