L’hypnose pour soulager la douleur

  • « CARACTÉRISATION DES RÉSEAUX CÉRÉBRAUX EN JEU DANS LA MODULATION DE LA DOULEUR CHRONIQUE PAR HYPNOSE » Fanny Nusbaum

50
L’efficacité de l’hypnose sur la modification de l’expérience douloureuse est aujourd’hui reconnue cliniquement. De nombreuses études tendent à confirmer l’hypnose comme un outil antalgique opérant.

En revanche, les mécanismes cérébraux mis en œuvre dans l’hypnose sont loin d’être totalement élucidés, que ce soit dans l’absolu, dans le cadre de la douleur aiguë, et moins encore dans celui de la douleur chronique. Par ailleurs, on peut se poser la question de l’intérêt d’être en état d’hypnose pour suggérer à un patient  des représentations qui vont l’amener vers un soulagement de leur douleur. L’hypnose ne serait-elle pas, au bout du compte, qu’un folklore thérapeutique ? Pour répondre à ces questions, nous avons étudié, à l’aide de l’imagerie cérébrale (TEP : Tomographie par Émission de Positons ; et IRM : Imagerie par Résonance Magnétique), l’activité cérébrale chez 14 patients lombalgiques chroniques, au repos ; en état d’éveil avec une suggestion d’analgésie ; et en état d’hypnose avec la même suggestion d’analgésie.

Sur le plan fonctionnel, les résultats ont montré, pour la même suggestion, deux réseaux cérébraux très distincts en éveil et en hypnose :

  • En éveil, ou les patients ont décrit une baisse de leur expérience douloureuse de 28% en moyenne, nous avons observé l’activation d’un réseau cérébral sensori-moteur (cortex frontal, cortex somesthésique, gyrus précentral, cervelet).
  • En hypnose, ou les patients ont décrit une baisse de leur expérience douloureuse de 64% en moyenne, nous avons observé l’activation d’un réseau cérébral cognitivo-émotionnel (noyaux caudé, lenticulaire, accumbens, partie antérieure de l’insula, cortex cingulaire intérieur). Par ailleurs, le précunéus, cette partie du cortex pariétal impliquée dans la conscience de soi, se voit désactivée en état d’hypnose et non en état d’éveil.

30Ces résultats suggèrent que la plus grande efficacité de l’hypnose par rapport à l’éveil réside dans le fait qu’elle agit sur la dimension émotionnelle de la douleur, alors que la même suggestion en état d’éveil mobilise uniquement la dimension sensorielle de la douleur.

Sur le plan structurel, les résultats ont montré une atrophie au niveau de la substance blanche cérébrale chez les patients lombalgiques, en comparaison avec une population témoin. Ces résultats suggèrent une moindre capacité cérébrale, chez les sujets douloureux chroniques, à véhiculer l’information de façon fluide et rapide.

  • Une deuxième étude en cours

20Forts de ces résultats, une nouvelle étude est en cours, basée sur l’hypothèse d’un déficit dans les capacités d’empathie (faculté de se mettre à la place de l’autre et de partager une émotion) des sujets douloureux chroniques, et d’un soulagement de l’expérience douloureuse grâce à une séance d’hypnose favorisant l’empathie. Cette nouvelle étude implique 24 sujets fibromyalgiques. Tous, alors qu’ils sont dans l’IRM, visionnent une série d’images douloureuses, non douloureuses, à forte composante émotionnelle et à composante émotionnelle nulle. Seulement 12 patients ont bénéficié auparavant d’une séance d’hypnose favorisant l’empathie. La même expérience est menée avec une population témoin. L’observation va porter sur les différences d’activité cérébrale entre les quatre groupes, en relation avec leur auto-évaluation de leur expérience douloureuse.

 

Etudes menées par Fanny NUSBAUM, chercheur associé au Laboratoire Santé-Individu-Société (S.I.S., EA-4129), dirigé par les Prs Yves MATILLON et Jacques GAUCHER. Elles ont été soutenues financièrement par la Fondation APICIL et se sont déroulées au CERMEP-Imagerie du Vivant.

Photos: Véronique védrenne

lire toutes les actualités